Depuis lundi, des habitants de plusieurs quartiers du Cap-Haïtien manifestent pour réclamer des actions des autorités locales et nationales après des pluies et devant l’état catastrophique des routes et ouvrages de drainage.
Au premier chef, les protestataires visent la mairie de la ville, mais surtout les instances départementales des différents ministères qui ont des adresses dans la ville, mais ne sont pas en mesure de tenir leur rang.
Comme la mairie, les antennes des ministères ont des appellations officielles, mais pas les moyens de répondre aux attentes de la population.
Dans une cité qui grandit de semaine en semaine, qui absorbe de plus en plus de personnes, qui s’étire sur plus de kilomètres carrés supplémentaires, mois après mois, aucune administration publique n’a la capacité de suivre le rythme.
Dans le même temps, toutes les principales autorités de Port-au-Prince transitent par le Cap pour rejoindre la capitale, tous les bailleurs de fonds et ONG ont trouvé refuge dans Ses beaux quartiers. On ignore si ce sont les épaisseurs des blindages de leurs véhicules qui les empêchent de voir les besoins de l’agglomération ou si c’est la rapidité des hélicoptères et des avions qui les transportent qui leur épargne la réalité d’une ancienne capitale qui se noie dans la boue et les immondices.
Alors, quand, à chaque catastrophe — un incendie au marché Cluny, une inondation à Petit Anse ou les manifestations de cette semaine — une délégation ministérielle s’empresse de se présenter avec des promesses plein la bouche, on se demande quand est-ce que l’État haïtien comprendra l’ampleur de la situation.
Le Cap-Haïtien, la ville historique, et ses satellites n’ont pas besoin d’opérations coup-de-poing, de conférences de presse, de démolitions de clôtures, de campagnes sur deux jours de ramassage d’ordures, ni de visites télécommandées. La ville et ses banlieues ont besoin de milliards, de plans, de projets et, surtout, d’une injection massive de personnel qualifié.
La mairie comme les directions départementales des ministères et autres institutions sont trop pauvres, trop sous-équipées, trop dépeuplées, pour faire leur travail, encore moins pour se colleter aux immenses défis que chaque aspect des politiques publiques nécessite.
L’État central en Haïti est en train de perdre le Cap-Haïtien, de perdre le Nord, de perdre le reste du pays, et la cause réside dans l’aveuglement de Port-au-Prince qui ne voit pas que les dynamiques qui l’ont conduit aux drames d’aujourd’hui bourgeonnent partout ailleurs.


