Des médecins haïtiens aux États-Unis d’Amérique, qui n’ont pas un statut de résident permanent, ont poussé un ouf de soulagement, ce lundi 4 mai 2026, en apprenant qu’ils sont désormais autorisés à rester aux États-Unis après plusieurs mois de stress et de tension avec certains hôpitaux.
Dans un article publié le 3 mai 2026, Le New York Times parle d’un « revirement ».
« L’administration Trump a exempté les médecins étrangers d’un gel des demandes de visa qui en poussait beaucoup à quitter leur emploi dans des zones mal desservies », a annoncé le journal américain en illustrant cette situation avec le cas de Veliz Ezequiel, un médecin de famille originaire de Venezuela, qui a été interpellé par des agents fédéraux après que sa demande de visa a été rejetée.
Si l’annonce fait des heureux parmi les médecins étrangers exerçant aux États-Unis qui sont originaires des pays interdits de nouveaux visas par l’administration Trump, le New York Times se veut prudent en évoquant un revirement discret.
« Les médecins étrangers pourront désormais obtenir des visas leur permettant d’exercer aux États-Unis, après que l’administration Trump a discrètement modifié une politique pour les exempter d’une interdiction de voyage ».
Les faits: « une politique du Département de la Sécurité intérieure, issue d’une interdiction de voyage mise en place en janvier, avait gelé les décisions concernant les prolongations de visas, les permis de travail et les cartes vertes pour les citoyens de 39 pays. Comme l’a rapporté The New York Times le mois dernier, certains médecins ont été placés en congé administratif par des hôpitaux, tandis que beaucoup d’autres faisaient face à la menace imminente d’être contraints d’arrêter de travailler ».
Contactée par le quotidien Le Nouvelliste, le Dr Rose Hernade St Gilus, médecin formé à l’Université Notre-Dame d’Haïti, résidente en médecine interne à Stamford Hospital/Columbia University, avoue que c’est une excellente nouvelle tout en rappelant que le problème reste entier pour d’autres catégories de professionnels issus de ces pays.
« Il ne s’agissait pas d’une interdiction visant uniquement les médecins étrangers aux États-Unis. C’était une interdiction générale concernant tous les pays figurant sur la liste noire de cette administration. J’étais au courant et j’étais (optimiste !) personnellement concerné par cette interdiction. Mon programme de résidence essaie de changer mon statut depuis plus de six mois afin de m’aider à obtenir un visa de travail. Nous avons dû soumettre des documents justificatifs supplémentaires car Haïti figure sur la liste noire et la procédure a été exceptionnellement lente. La dernière fois que j’ai eu des nouvelles de l’USCIS, ils travaillaient encore sur mon dossier (il y a quelques mois). En fait, cette décision est une excellente nouvelle pour moi et certainement pour tous les médecins étrangers », a précisé le Dr St Gilus.
Pour sa part le Dr Mombien Guerrier, médecin formé à la faculté de médecine et de pharmacie de l’université d’état d’Haïti, ayant été admis dans un programme de médecine interne aux États-Unis en mars 2025 confie que bon nombre de ses collègues commençaient à chercher une alternative en dehors des États-Unis, car l’administration avait refusé de renouveler leur visa.
Ces médecins ont donc poussé un ouf de soulagement en apprenant, à la fin de la semaine dernière, que les services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis ont mis à jour leur site internet, sans annonce officielle, pour indiquer que les médecins ne sont plus soumis à ce gel des procédures.
En réponse aux questions de Times, le Département de la Sécurité intérieure a confirmé dans un communiqué que « les demandes liées aux médecins continueront d’être traitées », ce qui signifie que l’agence reprendra la délivrance de visas et de permis de travail pour ce groupe.
En juin dernier, le président Trump avait instauré une interdiction de voyage couvrant 19 pays dont Haïti. Une version élargie, touchant 39 pays, est entrée en vigueur en janvier. Cette mesure faisait écho à une interdiction similaire adoptée lors de son premier mandat, qui interdisait l’entrée aux personnes originaires de plusieurs pays à majorité musulmane. Toutefois, cette version précédente ne s’appliquait pas aux personnes déjà installées et travaillant dans le pays.
C’est précisément à cause de ces mesures que les demandes de visa des médecins originaires de ces pays ont connu des retards quand ils ne sont pas tout simplement refusés.
Parallèlement, « plus de 60 % des médecins étrangers exercent en soins primaires, notamment en médecine familiale, en médecine interne et en pédiatrie — des domaines que de nombreux médecins américains évitent en raison de charges de travail éprouvantes et d’une rémunération inférieure à celle d’autres spécialités ».
« Je suis heureuse que l’administration ait pris des mesures pour garantir que nous puissions conserver nos médecins internationaux dévoués », a déclaré le Dr Rebecca Andrews, présidente du conseil de régence de l’American College of Physicians, qui représente les internistes, les médecins de soins primaires pour adultes.
« Nous devons recruter les médecins les plus qualifiés, peu importe leur origine », a-t-elle ajouté dans une entrevue avec le New York Times.
Les médecins étrangers représentent 25 % de l’ensemble des médecins exerçant aux États-Unis.
Le 8 avril, plus de 20 associations médicales, dont les académies américaines de médecine familiale, de neurologie et de pédiatrie, ont signé une lettre adressée aux secrétaires d’État et de la Sécurité intérieure, exprimant leur « vive inquiétude » face aux obstacles empêchant des « médecins qualifiés et dûment vérifiés » d’entrer et de rester aux États-Unis, et appelant à une exemption pour motif d’intérêt national ainsi qu’à un traitement accéléré de leurs dossiers.
« Les médecins concernés n’ont pas encore été informés de changements dans leur procédure de visa, mais nous sommes optimistes après avoir constaté cette mise à jour », a déclaré Sebastian Arruarana, fondateur de Project IMG, une organisation représentant des milliers de diplômés en médecine formés à l’étranger aux États-Unis.


